From The Edge of the Deep Green Sea : ce que je retiendrai de la PWC19 Europe

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L’après

Le côté ironique du monde de la musique (et de l’art en général), c’est que le plus grand moment de gloire d’un artiste ou d’un groupe marque généralement un coup d’arrêt dans sa carrière. Il y a toujours un Avant… Avant que n’arrive l’Après.  Prenez le fameux groupe The Cure, à la sortie de son album Wish, en 1992, tout juste trois ans après le chef-d’œuvre de noirceur que fut Disintegration. Les avis ont été pour le moins partagés sur ce nouvel opus : « facile », « injustement sous-estimé »… Avec le recul, je dirais que le seul défaut impardonnable de Wish aura été de suivre un album qui avait permis d’introniser un nouveau genre de musique. J’ai d’ailleurs nommé cet article en hommage à l’un des titres de cet album malheureux : From the Edge of the Deep Green Sea. Au bord de la grande mer verte. Ce titre est probablement proche de ce qu’ont dû ressentir les membres du groupe à ce moment-là : face à un nouvel horizon, sur le point de démarrer une nouvelle phase dans leur carrière, peut-être pas meilleure que la précédente, pas forcément plus mauvaise non plus.

C’est ainsi que j’interprète la situation actuelle de notre secteur, après vingt ans de consolidation : je nous vois comme ayant atteint un point de bascule. La suite de notre histoire est à écrire. Tout ce que nous savons pour le moment, c’est qu’elle ne ressemblera pas à ce que nous avons connu.

La « iGEN » et son influence sur le voyage

Le slogan de la conférence PWC Europe était particulièrement bien trouvé cette année : Empires on Edge ! De fait, je l’ai ressenti dès mon entrée dans l’impressionnant immeuble Beurs van Berlage, à Amsterdam (lieu d’organisation de la PWC19) : le changement est dans l’air. Après une ouverture en fanfare, sur un panel de start-ups innovantes qui nous ont présenté des produits plus disruptifs les uns que les autres,  nous avons suivi l’une des sessions à mon sens les plus intéressantes de la journée. Le sujet : la « iGeneration ». Tous ces enfants, nés entre 2010 et 2025 (Génération Alpha ou Enfants du millénaire), qui d’ici cinq ans seront deux milliards sur terre ! Leur particularité, comme nous l’a expliqué la journaliste spécialisée en science et technologie Susan Fourtané, c’est d’être nés avec les iPhones, iPads et applications. La première conséquence étant qu’ils n’ont pas connu, et ne peuvent surtout pas imaginer une vie sans eux. Certains analystes considèrent l’« iGen » comme la « génération la plus influente du XXIe siècle ».

Une tendance confirmée par les résultats d’une étude réalisée par Expedia Media Solutions, « Generation Alpha: How the World’s Youngest Generation is Already Influencing Travel » (Génération Alpha, ou comment la dernière génération transforme le voyage). Comme l’a analysé EMS dans le cadre de cette étude, les membres de l’iGen ont déjà une influence importante sur les décisions de voyages de leur famille, qu’il s’agisse de la destination ou des activités sur place. Bien que « très jeunes », « ils n’en sont pas moins informés, ils ont des idées et des opinions, et ils ont déjà de l’influence au sein de leur famille », selon Expedia. EMS a sondé plus de 9 000 voyageurs ayant des enfants ou grands-enfants nés à partir de 2010. Pour des résultats intéressants à la clé : bien que, naturellement, les représentants de la génération Alpha ne soient pas – encore – autonomes sur le plan financier, ils ont déjà un rôle essentiel dans l’organisation des voyages de leur famille.

Plus de 80 % des voyageurs interrogés considèrent que la planification d’un voyage se fait en famille. Les premiers critères auxquels ces parents et grands-parents d’enfants de la « iGen » accordent de l’importance lors de la préparation des voyages, ce sont les activités (pour près de 100 % des personnes interrogées) et la maîtrise de leur budget (89 %). Bien que ces familles soient plus sensibles à l’argument tarifaire, elles privilégient avant tout des destinations sûres et adaptées pour les familles : ceci explique sans doute qu’elles sont près de 80 % à préférer les hôtels et stations balnéaires aux locations de vacances (16 %). Toujours selon Expedia, les familles comprenant des enfants nés en 2010 et après partent plus de trois fois dans l’année : elles forment donc un marché intéressant, dont il est important de comprendre les besoins, les habitudes et les attentes pour mieux les satisfaire.

 

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Smart working et égalité entre les sexes

La Women’s Leadership Initiative lancée en novembre 2018 aux États-Unis étudie le rôle de la technologie dans la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes dans le secteur du voyage. Un premier panel de femmes leaders (leadHERs, comme elles se surnomment) ont partagé leurs expériences dans le cadre de cette initiative. Selon le National Center for Women & Information Technology, la présence de femmes dans des postes de direction favoriserait de meilleures dynamiques d’équipe, ainsi que des performances financières et une productivité supérieures.

D’après une autre étude, menée par PhocusWright, le principal obstacle à lever ne se trouve pas tant (contrairement aux croyances) au niveau des biais du management (un peu plus de 50 %), mais plutôt dans le manque de mentors prêts à encourager les nouveaux talents (76 %). J’ai discuté longuement avec Francesca Benati, Senior VP Online Travel WEMEA chez Amadeus, qui m’a raconté qu’étant elle-même « issue d’une famille très matriarcale » (sa mère était une célèbre journaliste italienne), elle n’avait jamais eu à subir les effets de l’inégalité entre hommes et femmes… jusqu’à la naissance de son premier fils, et la réassignation, par sa direction, d’une grande partie de ses attributions à d’autres employés de l’entreprise, des hommes pour la plupart.

Son histoire s’est cependant bien terminée : « Quand j’ai donné naissance à mon deuxième enfant, quelques années plus tard, les choses avaient beaucoup évolué : grâce au smart working, j’ai pu continuer à travailler à distance et je me suis sentie moins déconnectée de mon lieu de travail ».

 

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Les habitudes de voyage des Européens

Autre point fort du programme : la présentation des résultats de l’étude européenne sur les préférences des voyageurs par Maggie Rauch, Senior Director, Research chez Phocuswright. Résultats qui ont confirmé que la situation du secteur du voyage en Europe n’était pas aussi sombre qu’il y paraît. De fait, les réservations de voyages ont même augmenté de 2 % en 2018. Si le chiffre n’est pas extraordinaire, il correspond tout de même à une augmentation.

Selon Maggie Rauch, le secteur n’est pas influencé par l’incertitude économique qui règne en Europe. L’an dernier, trois adultes sur cinq en France, Allemagne et au Royaume-Uni ont voyagé pour le loisir. Ce que l’étude de PhocusWright montre cependant, c’est que les voyageurs européens dépensent moins qu’il y a deux ans. Ils partent plus souvent dans l’année, mais ils font plus attention à leurs dépenses. Autres données notables : au cours des douze derniers mois, les voyageurs européens sont plus partis vers des destinations en dehors de Europe.

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D’autre part, 90 % d’entre eux ont participé à une activité au cours de leur dernier voyage. Sur le plan de la distribution, les sites de réservation ont réalisé un beau travail pour rassembler les contenus de voyages en ligne, ce qui a contribué à transformer la façon dont les gens consomment des voyages. C’est particulièrement vrai en France, où la part des voyageurs qui réservent sur des sites de réservation a presque doublé en cinq ans.

 

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Conclusions

Sommes-nous sur le point de basculer ? Notre industrie entre-t-elle dans une nouvelle phase ? J’ai quitté la PWC19 avec une question ouverte. Plusieurs en fait. Mais j’aime croire, comme Maggie Rauch, à la « résilience » du secteur du voyage. Certes, nous ne ferons peut-être plus de grand « tube ». Mais, au moment où vous lisez ces lignes, de nombreux jeunes groupes continuent de pratiquer leur musique dans des caves. Leur musique n’est peut-être pas meilleure. Elle n’est pas nécessairement moins bonne non plus. Juste différente !

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